'Un volume sur la flore alpine, dira-t-on, il en existe beaucoup deja, et il y a, dans ce domaine, surproduction. Eh bien, oui, en existe , mais je ne rien qui s'approche du travail que Mr. Flemwell a bien me demander de presenter au public. II s'agit ici, non d'un de botanique simplement, mais d'un poeme, d'un chant a la louange de la nature alpine et alpestre et ce chant est l'ceuvre d'un artiste que le public jugera par son oeuvre et qui, a mon avis, a compris la vraie nature de la montagne. Sous l'angle ou elle nous est presentee, la flore alpine n'a encore jamais été decrite ni offerte au public. II y a donc ici une oeuvre profondement originale, a laquelle les amateurs du Beau et du Vrai ne pourront qu'applaudir.

La flore alpine est plus populaire qu'elle ne l'a jamais été. A mesure que l'amour des courses de montagne se developpe, le besoin de connaitre la flore des hauteurs augmente aussi. La vivacite des coloris, la beaute des formes, tout a ete donn£ en partage a cette vegetation si speciale qui orne les paturages, les rochers, les eboulis de nos vieilles Alpes. Ajoutez a cela l'originalite du port des plantes, cette compression des formes qui raccourcit et supprime parfois les tiges, la grandeur des corolles relativement au feuillage et vous comprendrez qu'on puisse s'enthousiasmer pour la flore des Alpes.

Cet enthousiasme va si loin que le passant qui admire, voudrait jouir plus longtemps et conserver la vue de ces beautés, l'emporter chez lui. On arrache quelques pieds des espéces les plus apparentes et Ton essaie de les acclimater chez soi sans y reussir toujours. C'est que, pour ce faire, il importe de proceder avec methode, de suivre les conseils des practiciens, par exemple d'arracher les plantes alors qu'elles sont a l'^tat de repos, apres leur floraison, Le meilleur procede est, d'ailleurs, celui du semis et c'est aussi le plus aise' a pratiquer.

On a, depuis une vingtaine d'annees, ^tabli dans toutes nos montagnes, mais plus spdcialement dans la chaine alpine, des jardins alpins dans les regions. memes ou croissent les plantes alpines. Ces jardins, vrais musees vivants ou Ton rassemble les plantes les plus belles et les plus interessantes pour les mettre a la portee du public, sont aussi des ^coles a la disposition des touristes qui passent ou des etudiants qui ont a £tudier la biologie, la syst^m-atique ou toute autre question botanique. lis sont situes generalement dans des lieux tres accessibles, sont ouverts au public et contribuent pour une bonne part h cultiver l'amour pour la flore des montagnes. Dans la plupart de ces jardins on cultfve les plantes de toutes les regions montagneuses du globe et Ton reunit, dans un cadre plus ou moins restreint, les especes caracteristiques des Alpes, du Jura, des Pyrenees, Carpathes, Apennins, Balcans, du Caucase, de l'Himalaya, de la Siberie, de la Chine, du Japon, des Cordilleres americaines, des montagnes de l'Afrique centrale, de la Nouvelk Zelande, des regions arctiques et antarctiques, boreales et hyperbore'ales.

On comprend des lors l'interet qu'offrent ces cultures, car, par elles, on peut se rendre compte de la similitude des flores de toutes les montagnes du monde, ce qui permet detablir que: a des conditions semblables d'existence correspond une vegetation semblable dans son aspect et sa nature. Mais, cela nous a permis aussi de constater la superiority incontestable de notre flore alpine et europeenne au point de vue de leclat des couleurs sur celles de presque toutes les autres montagnes, l'Himalaya excepte.

Le volume de M. Flemwell arrive done a point pour nous en faire connaitre le cote esthetique et artistique et, en ma qualite de Suisse et de vieil alpiniste qui a parcouru la chaine alpine d'un bout a l'autre, je tiens a le remercier pour le monument qu'il vient d'elever a la flore de mon pays.

Henry Correvon

Geneva, November, 1909.